Other ways of looking and constructing

Looking is an operation. It becomes a building game aimed at making the object visually tangible. Thus is the question raised of the ways in which an object is looked at and defined. Is optical vision enough to fully unveil the object? Could there be a hidden secret that escapes the eye? Without our noticing it, the brain shape the object from the fragmented data caught by the eye at the very instant of perception – an operation that is carried out at the speed of light. But rather than letting the brain operate automatically, one may try to take a few seconds to collect and synthesize the visual fragments in the hope of discovering or surmising the truth of the object.

The fragment is crucial in understanding Anders Werdelin’s intention. For him, visual and hearing processes are intimately linked. Because of his hearing deficiency, he uses the fragmented words that he hears as pieces in a jigsaw puzzle which needs completion for the truth of a sentence to be approached. The broken words that are all his ears manage to absorb become hints allowing to elucidate the meaning of a sentence. Facing such enigma he starts a research aimed at reconstituting the secret that may have gone unnoticed. His inquiry, related to auditory experiments, in between hearing and guessing, brought him to examine the object and to express it according to his reflexive method of fragmentation.

In his former works, aware as he was of the possible mistakes related to data caught in fragments, whether auditory or visual, he offered a specific reading of the objects of daily life : a marble chimney made of cardboard and decked with self-adhesive wallpaper, or a smaller heating pipe running parallel to the actual one. And what of the red object with a geometrical surface while its other side is made of many horns pointed at the wall, symbolizing the visual process according to which the eye catches an image? With such fragments, he invites the onlooker to witness the results of his research, deliberately exhibiting first the “machinery at work behind” his works, as he himself says. Drawn by a perpetual fascination for what happens “behind”, the artist imagines a highly complex work, though simple at first glance. Besides some of the magic would be lost without such process of building the mechanism underlying the work.

Project for the Toison d’Or exhibition.

At the mall, a contemporary place of body-worship, things have changed for the buyers-viewers taking their traditional stroll. Three fragments of a coffered ceiling are hanging from the very structure of the ceiling. The scattered fragments, though lined up at a certain distance one from the other, so as to create the perfect perspective of a neo-classical building, invite us to reconstitute the whole ceiling. Made as they were in traditional sculpting ways, that is from a wood and cardboard moulding meant to give the ceiling a perfectly shaped curve, they seem to be coming straight from a XIXth century building. Neoclassical greatness and magnificence have been skilfully conveyed through materials such as foam rubber and the artist’s quasi-scientific approach. He seems to be playing hide-and-seek with reality by setting a false ceiling – the exact copy of a real one – beneath the actual one in the mall. Only by its size is a copied piece exposed as a false one. Seen from a distance, the fragments seem to be floating like morcellated clouds, whereas from the inside, they are the exact copies of a rather strictly shaped coffered ceiling. The pieces of ceiling from the Romantic times of nascent industry and thriving commerce produce a jarring effect here in a mall that belongs to the soulless times of consumerism and electricity.

This work may be related to the false ceiling that he created a couple of years ago in a narrow corridor, whereby appears the artist’s interest in creating an embedded architectural space that reflects its surroundings while still standing out of them. Instantly inspired by the place, he conceived an originally curved ceiling. Then he used mirrors to give the passer-by the feeling of moving beneath an endless ceiling, behind which there would be another, unreachable one.

Anders Werdelin lets the viewer imagine the rest of the ceiling. He reveals the ways in which he thinks and looks, inviting us to question our automatic modes of thinking and change our ways of reflecting, gazing and looking. Such is the author’s approach, telling us that the object has to be both completed and incomplete. He offers his world as it is, leaving it to the viewer to think and wonder about the part of the object that remains to be built. It is up to us to perceive the secret of the object, imagine and construct it.

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Regarder et construire autrement

Le regard opère. Regarder devient un jeu, un jeu de construction pour rendre l’objet visuellement tangible. Une question se pose alors sur la façon dont on regarde et définit un objet. La vision optique que l’on a au moment de voir l’objet suffit-elle à dévoiler l’objet ? N’y aurait-il pas un secret caché que l’œil ne perçoit pas ?

Sans que l’on s’en aperçoive, le cerveau constitue la forme de l’objet à partir des informations fragmentées que l’œil capte à la seconde même de sa perception. Cette opération s’effectue à la vitesse de la lumière. Mais au lieu de laisser faire cet automatisme cérébral, on peut essayer de prendre quelques secondes, collecter et synthétiser les fragments visuels pour découvrir ou supposer la vérité de l’objet.

Le fragment est un élément essentiel pour saisir l’intention d’Anders Werdelin. Chez l’artiste, le processus du regard est intimement lié au processus de l’audition. En raison de sa déficience auditive, les mots fragmentés qu’il entend sont utilisés comme des morceaux d’un puzzle à reconstituer pour approcher la vérité d’une phrase. Ces mots morcelés que ses oreilles arrivent à absorber sont ici des indices pour élucider le contenu d’une phrase. Face à cette énigme, il entame une recherche, la recherche de la reconstitution et du secret qu’il aurait laissé passer. Cette enquête ayant lontemps été liée á l’expérimentation auditive, naviguant entre entendre et deviner, l’amena à observer l’objet et l’exprimer suivant sa vieille méthode de la réflexion.

Avec ses œuvres précédentes, conscient et comprenant l’éventualité même de l’erreur possible en ce qui concerne les informations captées par fragments, qu’ils soient auditifs ou visuels ; il nous a proposé une lecture singulière des choses quotidiennes : cheminée en marbre, mais faite en carton et embellie par du papier peint auto-collant, conduit de chauffage de petite dimension mis en parallèle avec le vrai conduit. Et l’objet rouge dont la surface est de forme géométrique tandis que son revers est constitué de multiples cornes pointées vers le mur, symbolisant le processus de capture de l’image par l’œil… Il nous invite à voir une série des résultats de sa recherche sur ces fragments, exposant surtout volontairement toute la ‘machinerie derrière’(comme il le dit) de ses œuvres. Toujours fasciné par ce qui se passe ‘derrière’ et ce qui amène le résultat visuel, l’auteur imagine et réalise une œuvre très complexe, pourtant simple à première vue. D’ailleurs sans ce processus de construction du mécanisme du support, l’œuvre perdrait de sa magie.

Projet pour la Toison d’Or

Dans ce lieu de culte contemporain du corps qu’est le centre commercial, les consommateurs-spectateurs voient leurs habitudes heurtées pendant leur ballade. Trois fragments de plafond à caisson sont suspendus au-dessous de la structure même du plafond du centre commercial. Ces segments dispersés (mais alignés en laissant une certaine distance) de façon à tracer la perspective parfaite d’un bâtiment néoclassique nous incitent à reconstruire le plafond en entier. Travaillés à la manière traditionnelle des sculpteurs, c’est-à-dire par la technique du moulage à partir d’une matrice construite en bois et en carton pour bien mouler la courbe du plafond, ils semblent directement détachés d’un bâtiment du XIXe siècle. La grandeur et la magnificence néoclassiques sont ici ingénieusement retraduites par le jeu de matériaux, la mousse, et l’approche quasi-scientifique de l’artiste. L’artiste veut jouer une sorte de jeu avec la réalité, mettant un faux plafond (une copie exacte d’un vrai) sous le plafond du centre commercial. La fausseté d’une pièce copiée ne se voit qu’à travers sa dimension. De loin, ces fragments semblent flotter comme des morceaux de nuages. Or de l’intérieur, ils sont la copie exacte d’un plafond à caisson d’une forme assez stricte.

Cette œuvre n’est pas sans rapport avec le ‘faux plafond’ qu’il a réalisé il y a quelques années, dans un couloir assez étroit (une sorte de coup de foudre avec le lieu lui fit imaginer de faire un plafond courbé tout de suite. Une fois réalisé, il utilisa un jeu de miroir pour nous donner l’impression de nous déplacer sous un plafond sans fin ; dans un lieu derrière le mur duquel il y aurait un autre lieu mais que nous ne saurions atteindre) reflétant son intérêt pour créer un lieu architectural, un lieu décalé avec la réalité même du lieu-support. Ici les fragments du plafond de l’époque du commencement industriel, de l’essor scientifique et du romantisme se voient déplacés dans le centre commercial de l’époque électrique, consommatrice et dépourvue d’âme.

Anders Werdelin laisse supposer le reste du plafond. Il dévoile ses pensées, ses regards. Il nous fait revoir notre mécanisme automatique de pensée et nous amène à réfléchir, à contempler et à regarder autrement. Tel est l’approche de l’auteur disant que l’objet doit être achevé et inachevé à la fois. Il propose son monde tel qu’il est. La réflexion sur le reste des objets qui reste non-construit est pour le spectateur. A nous de percevoir le secret de l’objet, l’imaginer et le construire.

Yun KIM